Qui veut la mort de la Fondation de l’écologie politique ?

octobre 09 18:03 2014 Imprimer cet article

En novembre 2012, après plusieurs années de débats et de procédure, la Fondation de l’écologie politique, adossée à Europe Ecologie-les Verts, était reconnue d’utilité publique. Elle rejoignait cinq autres fondations de même statut juridique, qui représentent les idées défendues par le Parti socialiste, l’UMP, le Parti communiste, les centristes ou la mouvance de Jean-Pierre Chevènement.

Alors que plus de 60% des Français se disent proches des valeurs écologistes, cette Fondation a de vraies perspectives. Son travail sur les inégalités environnementales et sur les liens entre écologie et question sociale porte sur un des points les plus mal compris de l’action écologique.

Accueillie à bras ouverts par le réseau des fondations écologistes européennes, elle a été chargée de préparer leur position sur l’accord sur le climat qui devrait être un événement politique important du mandat de François Hollande. Les sujets à venir ne manquent pas et couvrent aussi bien la pensée théorique que les réalités de vie de la société française : de l’éthique environnementale aux moyens de lutter contre la précarité énergétique, du modèle alimentaire aux liens entre écologie et entreprise.

Dans la plupart des grandes démocraties européennes, le financement de ces structures de débat relève en grande partie de soutiens publics. La défense de l’intérêt général y trouve son compte et si le développement du mécénat privé est souhaitable, l’indépendance des fondations suppose que l’Etat maintienne son soutien. Il y a juste un hic. C’est la coutume, le financement des fondations politiques reconnues d’utilité publique s’effectue, en France, sans critères d’évaluation précis de leur production et de leur participation aux débats. Ce n’est pas le cas en Allemagne où l’affectation des fonds se fait dans le cadre d’un débat parlementaire. En France, une enveloppe est mise à disposition du cabinet du Premier ministre qui l’attribue à discrétion. Cette façon de procéder apparaît, aujourd’hui, peu compatible avec les exigences de la démocratie et les impératifs de la saine gestion des finances publiques.

Cela peut aussi conduire à des absurdités et à une gestion des fonds sans autre logique que comptable, qui ne permet pas de prendre en compte les impératifs politiques. C’est ainsi qu’alors que les questions écologiques sont centrales dans l’agenda du gouvernement, et ce pour une période qui va s’étendre tout au long de l’année 2015, la Fondation de l’écologie politique s’est vu attribuer, en date du 7 octobre pour l’année en cours, une subvention de 50 000 euros contre des montants allant de 300 000 à 800 000 euros pour chacune des autres fondations politiques. Une différence de 1 à 16. Cette distorsion est sans précédent dans l’histoire des fondations politiques en France.

Cette allocation est ridicule, inique et condamne à mort la Fondation. Les questions écologiques ne sont ni des questions sectorielles ni des questions seulement techniques. Elles doivent être débattues publiquement. Qui a intérêt à ce que tout continue comme avant, à ce que l’on ne se soucie ni du changement climatique, ni de l’érosion de la biodiversité, ni de la montée des inégalités environnementales ?

Nous ne pouvons croire que l’enjeu écologique vaille si peu pour ce gouvernement. C’est pour cette raison que nous avons pris la plume. C’est pour cette raison que nous avons choisi de porter cette question de financement dans le débat public. Notre société a besoin de la confrontation des projets politiques et de celle des idées. Elle a besoin d’une vision de long terme et d’un idéal. Dans cette perspective, l’écologie mérite mieux qu’un traitement arbitraire et comptable.

YVES COCHET Ancien ministre de l’Environnement, ANNE LE STRAT Porte-parole du mouvement Utopia, ALAIN LIPIETZ Économiste, DOMINIQUE MÉDA Professeure de sociologie, MARIE-MONIQUE ROBIN Cinéaste, LUCILE SCHMID Vice-présidente de la Fondation de l’écologie politique, CATHERINE LARRÈRE Présidente de la Fondation de l’écologie politique, et l’ensemble du conseil de surveillance de la Fondation de l’écologie politique.

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