UTOPIA, le poil à gratter du PS, par N Wakim, LeMonde.fr

novembre 03 17:25 2008 Imprimer cet article

Lieu commun de l’avant-congrès socialiste : “La crise financière favorise la gauche du Parti socialiste”. La situation économique semble profiter aux discours radicaux au sein du PS (Martine Aubry et Ségolène Royal ont “gauchi” le ton ces derniers jours, Benoit Hamon semble surfer) ou à l’extérieur du parti (Besancenot a le vent en poupe dans les sondages).

Mais un autre courant du PS qui a une analyse très radicale sur le capitalisme présente aussi une motion au Congrès de Reims : la petite Utopia se présente comme un groupe de militants “socialistes, altermondialistes, écologistes”.

La crise du captialisme ? Ca fait longtemps qu’ils en parlent et ils trouvent un peu injuste qu’on ne leur attribue pas le mérite de la réflexion sur les sujets de fond. Car Utopia fonctionne comme un laboratoire d’idées à l’intérieur et à l’extérieur du PS (ils entendent aussi présenter un texte au congrès des Verts). Inspirés d’André Gorz, Dominique Méda, pétris de rocardisme des premiers âges, les militants d’Utopia ne se disent pas anticapitaliste… mais presque.

L’idée : dépasser le cadre du productivisme et du système capitaliste tel qu’il est aujourd’hui, en adoptant une pensée radicalement écologiste.

On est tenté de poser la question : quel intérêt a proposer un projet de société radical au sein d’un parti de gouvernement qui est bien loin de remettre en cause le système dans son ensemble ? “C’est vrai que la question se pose, reconnaît Franck Pupunat, premier signataire, mais à vrai dire le PS reste le meilleur endroit pour porter nos idées”. “On a accès à des militants, à des gens politisés à qui on ne pourrait pas parler, sinon”, estime Corinne Morel Darleux, militante d’Utopia. En clair : le PCF est jugé trop productiviste, la LCR/NPA ne veut pas gouverner, restent le PS et les Verts.

C’est bien beau tout ça, mais ça ne fait pas vraiment écho au sein du PS : la motion d’Utopia atteindra difficilement les 5 %, sauf dans quelques départements. Franck Pupunat cite l’Ain, le Puy-de-Dôme, la Seine-et-Marne ou les Hautes-Alpes.

En attendant Utopia a publié un manifeste et organise un cycle de conférences en invitant souvent des “poids lourds” (Maryse Dumas, Olivier Besancenot,Yannick Jadot, François Hollande, Denis Baupin, Hubert Vedrine) à venir discuter de thèmes pointus..

Dans un parti à qui on reproche souvent de ne pas avoir d’idées, la démarche d’Utopia peut paraître salutaire. Mais elle semble tellement loin des enjeux du congrès de Reims qu’elle risque de ne pas intéresser beaucoup de militants…

Nabil Wakim

PS : Un débat un peu stérile a opposé sur ce blog des partisans de la motion du Pôle écolo et d’Utopia, les uns et les autres s’accusant mutuellement de ne pas avoir voulu travailler ensemble. Encore une fois, on peut regretter que la forme un peu limite masque le débat de fond : Utopia et le Pôle portent certes des revendications écologistes, mais Utopia se veut beaucoup plus radical dans son projet de société, alors que le Pôle semble surtout vouoir faire de l’écologie une question centrale au sein du PS, quel que soit le vainqueur. Ou aurais-je mal compris ?

PS 2: précision, pour répondre à une question envoyée par mail, lors des précédents congrès du PS, Utopia avait trouvé un accord technique aves la motion majoritaire pour exister au sein du parti (Ils avaient obtenu 1 % des voix aux Congrès de Dijon et du Mans. Vu la situation cette fois-ci, difficile de dire avec qui ils vont fusionner…)

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