Soyons réalistes, exigeons l’Utopia ! Une critique du Manifeste Utopia

octobre 22 18:18 2008 Imprimer cet article

Résumé : Rares sont encore les programmes politiques qui vous interrogent et vous font espérer. Le Manifeste serait-il la dernière chance pour une gauche à l’agonie ?

par Mathieu FONVIEILLE sur www.nonfiction.fr

Tout vient à point à qui sait attendre, aurait pu répondre Alice au Lapin Blanc hyperactif si elle n’avait pas été aussi angoissée de se retrouver dans cet univers précurseur de la Beat generation qu’est le « pays des merveilles ». C’est aussi l’adage qui sied le mieux au Manifeste Utopia. Évoquer la blonde rêveuse sortie de l’imagination de Dodgson pour présenter un ouvrage aussi sérieux que cet ouvrage politique n’est pas incongru, bien au contraire, et ce pour trois raisons.

Tout d’abord la couverture du Manifeste reprend une phrase de cette œuvre littéraire enfantine ; secondo, comment ne pas voir dans les propositions de ce courant politique si singulier qu’est Utopia une ode à l’imaginaire, à une temporalité humaine, en bref, un pied de nez à cette société en fuite permanente guidée par une pensée unique quasi-totalitaire (dont le lapin blanc constituerait la parfaite incarnation du salarié victime de burn out, ne vivant qu’aux crochets des pulsations de cet appendice qu’est son horloge, véritable cœur de substitution) ?

Mais surtout, un ouvrage de la trempe du Manifeste fournit une bouffée d’air cérébral inespéré en cette année 2008, année qui aura connu un nombre exceptionnel de crises polymorphes et étouffantes : crise financière récente annonçant peut-être la fin du capitalisme sous sa forme actuelle ; crise sociale qui en découle avec son cortège de misère et de violences ; crise écologique dont les premières manifestations nous font réagir autant que des pandas face à un bosquet de bambous ; et surtout crise politique avec notamment la déliquescence de la gauche qui était aussi prévisible que la baisse tendancielle du taux de profits pour certains.

Avant d’aborder le contenu même de l’ouvrage et les propositions nombreuses avancées par les auteurs, il convient de présenter ce mouvement si singulier, ce qui permettra au lecteur de saisir l’originalité de sa démarche.

Utopia n’est pas à proprement parler un parti politique, il s’agit d’abord d’un mouvement politique transpartis très récent qui cherche à diffuser ses idées et ses propositions dans la gauche (PS, Vert avec des affinités certaines avec la future-ex LCR), mais aussi dans des associations (Attac, les Alternatifs…). À ce titre, et comme pour chaque congrès, Utopia présentera une motion au très médiatisé congrès de Reims, avec pour espoir de passer la barre des 1% habituels. Ainsi, on peut appréhender cet ouvrage de deux façons complémentaires voire indissociables : une volonté de faire découvrir à un plus large public le mouvement et ses idées et une contribution socialiste et verte faite livre.

L’originalité de la démarche du Manifeste tient au fait qu’il s’agit d’un livre collectif, refusant toute « peopolisation », mais surtout que sa réalisation est issue d’un long travail démocratique où chaque adhérent a pu donner son avis sur l’ensemble des réflexions sises dans l’ouvrage.

Utopia présenté, dans quelle mesure son Manifeste constitue-t-il un ouvrage indispensable pour 1) transformer la gauche et 2) parvenir à modifier la société dans ses plus profondes fondations ?

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