Motion F comme Fraternité !

septembre 27 17:32 2008 Imprimer cet article

C’est donc officiel depuis le Conseil National de Mardi dernier : Utopia dépose sa motion « Socialistes, altermondialistes, écologistes » dans le cadre du Congrès du PS de Reims. Cliquer sur « lire la suite » pour télécharger les supports de présentation et lire l’intégralité de l’intervention de Franck PUPUNAT, notre Porte Parole national, au CN.

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Intervention de Franck PUPUNAT, Porte Parole d’UTOPIA au CN du 23 septembre 2008

Cher(e)s camarades,

Je commencerai par une anecdote personnelle qui date de quelques jours. Je discutais avec un dirigeant socialiste – sans mauvais jeu de mot de ceux que j’appelle de 1ère division – . Il m’expliquait les grandes lignes de sa contribution et je l’écoute et je lui dis :

« Mais avec tout ça, tu reviens à peine à la situation de 2002, tu ne changes pas radicalement la vie des gens ! Il m’a répondu un peu agacé : Mais Franck, ça veut dire quoi radicalement ? Radicalement ? mais c’est des histoires qu’on raconte aux enfants ! C’est fini maintenant !»

Suite à cette réplique, je me suis dit qu’au contraire c’était maintenant qu’il fallait que tout commence.

J’ai donc le plaisir et la fierté de vous confirmer qu’UTOPIA dépose à nouveau sa motion intitulée « Socialistes, Altermondialistes, Ecologistes »

Symboliquement, je reprendrai ces 3 points dans cette intervention.

Socialistes tout d’abord :

Certains voient la vie politique comme un continuum… Plus on propose de social, plus on est à gauche. La vie politique ne serait donc qu’une question de curseur ? La différence entre la droite et la gauche ne serait qu’une question de positionnement du curseur ? Autrement dit, il suffirait de corriger le système –en l’occurrence le système capitaliste – de le réguler, de le rendre plus social, plus humain… ?

Nous ne le pensons pas. Au contraire nous pensons que le système actuel, le système capitaliste, est au service d’une idéologie, d’une idéologie qui n’est pas le notre.

Une idéologie basée sur l’individualisme, la compétition, le gain, la valorisation de tout, la réussite, le mérite, la valeur « travail », la consommation.

Le capitalisme –contrairement à ce qu’il cherche à nous faire croire – n’est pas une technique de régulation des échanges mais bien un système global qui régit l’ensemble des sphères des individus et de la société : économique, politique et sociale

Ce système, dont l’unique objectif – inscrit dans son nom- est bien la rentabilité maximum du capital investi. Il nous emprisonne dans une certaine vision du monde, il contraint notre imaginaire et nos rêves. Il justifie les inégalités et implique un renoncement permanent parce qu’il fixe un cadre, parce qu’il trace et dessine pour nous les limites du possible.

Prôner un autre système, prôner le dépassement du système capitaliste permet justement de briser les chaînes et de légitimer une politique radicalement différente.

C’est affirmer que notre idéal de société c’est d’abord une société fraternelle, une société du lien plus qu’une société du bien, une société où l’environnement est préservé, où chacun a accès aux biens fondamentaux, bref une société où l’on vit bien ensemble.

Au service de cet idéal, nous devons imaginer de nouveaux indicateurs, de nouvelles boussoles politiques.

Au service de cet idéal nous devons imaginer un nouveau système que nous appelons « alterdéveloppement » qui fixe de nouvelles frontières à la sphère marchande, qui ouvre une nouvelle dimension à la sphère publique et propose de nouvelles formes de propriété de l’entreprise plus démocratique, plus transparente et relocalisée…

C’est cette première bataille culturelle que nous devons gagner, la plus dure. Celle qui touche à la raison même pour laquelle on fait de la politique : C’est bien entendu la promesse qu’un autre monde est possible et que nous pouvons encore changer radicalement le cours des choses.

Tout est dit. Nous ne voulons pas « améliorer » ce monde, nous voulons « un autre monde » !

Nous sommes Altermondialistes et c’est mon 2e point.

Symbole de cet altermondialisme, je voudrais aborder la question des sans-papiers

Il y a accord évidemment entre nous pour dénoncer la politique de Nicolas Sarkozy. Je pense même que nous partageons une certaine « honte ».

Honte face à ces discours tendant à criminaliser les sans-papiers qui permettent de justifier l’inacceptable, Honte face à ces rafles quotidiennes, Honte face à ces « centres de rétention administrative » qui ne sont ni plus ni moins que des prisons qui cachent leur nom !

S’il y a bien un domaine où notre parti devrait –devra ?- poser la question d’un appel à la désobéissance civile – avec l’ensemble de la gauche et des associations ou mouvements alters, c’est bien celui là !

Le Parti Socialiste doit défendre une approche radicalement différente, réaliste, équilibrée, ouverte et humaniste des politiques de migration.

Mais sur le fond, sur cette question, au sein de notre parti, il y a néanmoins des désaccords.

UTOPIA se positionne clairement pour la régularisation de tous les sans-papiers qu’ils soient travailleurs ou non travailleurs.

Au PS, la plupart des contributions prônent une régularisation sur critères, en général uniquement pour les sans papiers travailleurs Cette position est pour le moins ambigüe. Elle concernerait ceux qui ont déclaré qu’ils étaient en séjour régulier pour pouvoir travailler et ne concernerait pas ceux qui travaillent au black, ni évidemment les autres… Une fois de plus, ce serait le travail qui permettrait d’accéder à un droit fondamental !

La liberté de circulation et d’établissement inscrite dans la déclaration universelle des droits de l’homme doit-elle être conditionnée au fait de pouvoir brandir un contrat de travail ou une feuille d’impôts ?

Là aussi mes camarades, il ne s’agit pas d’une question de curseur, ni même d’une question de cœur. Il s’agit simplement d’affirmer une certaine une vision de la société.

Oui ou non se considère-t-on d’abord et avant tout comme des citoyens du monde ? Oui ou non considère-t-on que la planète est un patrimoine commun, notre patrimoine commun ?

Rappelons que cette pression migratoire pour le coup, n’est pas le fruit du hasard. Non seulement historiquement nous avons largement contribué à cette pression mais nous continuons à l’alimenter en cautionnant des politiques qui entretiennent un système qui affame, qui précarise, qui subordonne une partie de l’humanité.

Alors il faut se dire franchement les choses : de quoi a-t-on peur ?

Dilution de l’identité nationale, nous assène-t-on ! C’est faux. La clandestinité elle, est le ferment de cette clandestinité. Elle implique le repli sur soi, la non socialisation. A l’inverse, la régularisation permet l’intégration dans la vie de la cité et la co-construction d’une identité commune. Déconstruisons les idées reçues !

Attention à l’Appel d’air nous dit-on ! C’est faux. Pur fantasme! Des chercheurs l’ont récemment démontré.

En France aujourd’hui, selon Nicolas Sarkozy il y aurait 200 000 à 400 000 sans papiers. En 2005, en Espagne il y a eu vous le savez une régularisation massive de 690 000 sans papiers. Y-a-il eu un appel d’air massif des sans papiers de France vers l’Espagne ? Non. Et pourtant certains l’avaient prédit. L’Espagne, un pays de 40 millions d’habitants avec un taux de chômage de 8,5% en baisse continue depuis des années a réussi à le faire. La France, avec 63 millions d’habitants et moitié moins de sans papiers à régulariser ne réussirait pas ? Là encore déconstruisons les idées reçues. C’est la mission du politique, notre mission, d’aller à l’encontre des préjugés qui empêchent de porter un nouveau regard sur les migrants.

Changer notre manière de voir les choses, c’est réaffirmer que le droit à la migration est une richesse. C’est oser dire que l’octroi de titres de séjours de longue durée permettra de favoriser des allers et retours avec le pays d’origine, c’est marteler que la mise en place d’une véritable politique de co-développement est une nécessité.

Ces questions mettent en jeu le sens même de notre humanité.

Et cette humanité, elle doit forcément s’exprimer à travers une identité écologiste et ce sera mon 3e point.


Nous souhaitons mettre au cœur des débats 2 questions essentielles : La question du dérèglement climatique et la question de la sortie du nucléaire.

Sur ces 2 questions, la quasi-totalité des dirigeants socialistes me fait penser à ces personnages de dessins animés qui continuent à courir au-dessus du précipice alors qu’ils ont le vide en-dessous d’eux. Rappelez-vous qu’à la fin – et même dans les dessins animés – ils tombent… Et ils vont nous entrainer dans leur chute.

Sur le dérèglement climatique, ne parlons pas du constat, il y a unanimité sur la question : il faut que la France diminue par 4 ses émissions de gaz à effet de serre : C’est le fameux facteur 4.

Et cet objectif est purement et simplement incompatible avec le positionnement pro-croissance de la classe politique actuelle. Certains en appellent même à une croissance « douce », une croissance soit disant « durable » ou à une « croissance verte ». Attention, nous affirmons qu’il s’agit de concepts dangereux qui servent là encore à cacher une soumission au modèle actuel.

La mesure de l’augmentation du PIB n’a structurellement rien à voir avec la mesure de l’impact de l’activité humaine sur le climat.

Pour nous, le mot d’ordre est clair : ni croissance, ni décroissance ! Mais un alter-développement.

Pour répondre à cette urgence écologique, nous proposons, au niveau de l’énergie, de reprendre le scénario négawatt imaginé par un groupe d’experts et qui permet à travers la sobriété, l’efficacité et les renouvelables d’atteindre l’objectif du fameux facteur 4.

La création d’un pôle public de l’énergie, la mise en place d’une taxe carbone, la relocalisation de l’économie et en premier lieu de l’agriculture devront devenir des priorités.

Il y a urgence !

Ce scénario négawatt permet également d’envisager une sortie progressive du nucléaire.

Cette question du nucléaire est une question « tabou » au sein du Parti Socialiste. Elle n’a jamais vraiment été débattue. On nous dit : entre le réchauffement climatique et le nucléaire, il faut choisir ! Là encore c’est faux ! Si toute l’électricité mondiale était produite par le nucléaire – ce qui est impossible- , cela ne diminuerait que de 15 % les gaz à effet de serre. Je vous rappelle qu’on est sur des proportions totalement différentes ; la France doit diminuer par 4 ses émissions de gaz à effet de serre alors que 80% de son électricité est déjà d’origine nucléaire…

Il ne s’agit donc pas de choisir entre la peste et le choléra, entre le réchauffement climatique et le nucléaire. La question posée sur le nucléaire est donc une question politique.

Il y a 3 risques majeurs :

1er risque : les déchets avec plus de 1000 sites de stockage en France 2e risque : la prolifération. On le sait la frontière n’est pas si étanche entre d’une part le nucléaire civil et d’autres parts le nucléaire militaire. 3e risque : le risque d’accident. Sans même parler de Tricastin, rappelons nous juste qu’en France à Fessenheim, lors de la canicule nous en étions réduits à envoyer les pompiers pour projeter de l’eau avec leur lance sur les murs de la centrale pour tenter de la refroidir… ca paraît incroyable, mais c’est malheureusement vrai. Et n’oublions pas Tchernobyl !

Oui ou non, – Les déchets, la prolifération, le risque d’accident, le risque de catastrophe irrémédiable – sommes nous prêts à faire courir ces risques à l’humanité ?….alors que d’autres voies sont possibles !

Si c’est non, alors nous devons prendre une décision politique : la sortie du nucléaire qui est possible sur quelques 10aines d’années. Cette position nous amène à nous prononcer clairement, « énergiquement » pour l’arrêt de la construction de toute nouvelle centrale.

Pour conclure, pendant ce congrès et dans les 70 fédérations où nous sommes représentés, nous allons porter ces débats, nous allons défendre un positionnement « Socialistes, Altermondialistes, Ecologistes ».

Enfin nous lançons un appel aux militants et militantes de ce parti :

Le 6 novembre, nous appelons à un vote sanction contre le spectacle lamentable qui nous a été infligé ces derniers mois. Nous appelons à un vote de résistance pour sauver ce parti de ses tendances suicidaires. Nous appelons à un vote de conviction offensif, qui donne du sens, qui donne du souffle, qui donne de l’énergie, de l’enthousiasme, qui exalte l’envie et le plaisir de construire ensemble un autre monde.

Un vote pour briser les chaînes C’est possible, avec vous !

Je vous remercie.

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